Lecture de vacances : Co-Intelligence d’Ethan Mollick

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Lecture de vacances : Co-Intelligence d’Ethan Mollick
Lecture estivale avec l’IA en toile de fond

D’abord, j’espère que vos vacances se passent bien, que vous avez trouvé votre spot à l’ombre et que personne ne tente de vous imposer une playlist Ibiza 2007 à 120 dB. De mon côté, j’ai glissé dans mon sac un livre dont vous m’avez beaucoup parlé cette année : Co-Intelligence: Vivre et travailler avec l’IA d’Ethan Mollick (lien affilié). Lecture de transat, certes, mais claque intellectuelle quand même. Et je vous le dis net : si vous travaillez avec l’IA (ou que vous l’évitez soigneusement), ce bouquin vaut votre temps.

Mollick, prof à Wharton et auteur de la newsletter One Useful Thing, ne fait pas de grand écart métaphysique : il propose un manuel de terrain pour vivre et bosser avec l’IA, ici et maintenant. L’ouvrage est sorti le 2 avril 2024 chez Portfolio (Penguin Random House), et il a atterri direct dans la liste des best-sellers du New York Times. Oui, ce n’est pas juste un énième « hot take », c’est un guide pragmatique appuyé par des expériences concrètes.

Le cœur du livre tient dans une idée simple et puissante : nous sommes entrés dans l’ère de la « co-intelligence », où l’humain et la machine pensent et agissent ensemble. Concrètement, Mollick vous propose d’apprivoiser l’IA comme co-travailleur, co-enseignant et coach, pas comme un oracle infaillible ni un stagiaire miraculeux. Et il martèle un point clé : la frontière des capacités de l’IA est « dentelée » (jagged frontier) — étonnamment brillante sur certaines tâches, à la ramasse sur d’autres pourtant proches. On ne la cartographie qu’en pratiquant.

Pour ne pas se perdre, Mollick condense l’approche en quatre règles qui, je vous jure, collent à la réalité du terrain : toujours inviter l’IA à la table ; rester l’humain « dans la boucle » ; traiter l’IA comme une personne… en lui disant quelle personne elle doit être (un rôle, un persona) ; et partir du principe que le modèle que vous utilisez aujourd’hui est le plus nul que vous n’utiliserez jamais. Dit autrement : expérimentez largement, gardez la main, donnez du contexte, et n’oubliez pas que la courbe de progrès est verticale.

Ce n’est pas qu’un mantra : les données suivent. Dans une étude avec Boston Consulting Group, des consultants équipés de GPT-4 ont produit un travail de plus haute qualité (+40 %), plus vite (+25 %), et sur plus de tâches (+12 %)… tant qu’ils restaient « à l’intérieur » de la frontière de compétences de l’IA. En dehors, les performances se dégradent. Ce constat, Mollick l’utilise pour justifier l’apprentissage « par la pratique » et la vigilance méthodique.

Côté style, c’est limpide, jamais pontifiant, souvent drôle. Si vous lisez sa newsletter, vous reconnaitrez la patte : des métaphores qui claquent, des protocoles d’essais maison, et ce rappel salutaire que « la machine veut vous faire plaisir », donc qu’elle vous servira des réponses plausibles — parfois fausses — avec un aplomb olympique. D’où, encore et toujours, la nécessité de garder vos critères, vos garde-fous et vos vérifs.

Ce que vous allez retirer du livre, si vous êtes devs, makers, formateurs ou décideurs ? D’abord, une hygiène de travail : donnez systématiquement un rôle à l’IA (« tu es mon reviewer TypeScript tatillon », « tu es un coach produit qui challenge mes hypothèses »), évaluez ses sorties, itérez comme dans un vrai dialogue — pas comme un moteur de recherche — et documentez ce que l’IA sait (bien) faire chez vous et ce qu’elle rate. Ensuite, une boussole mentale : si vous n’avez pas encore passé une dizaine d’heures avec un modèle frontier pour tracer votre propre « frontière dentelée », vous conduisez de nuit sans phares.

Mon verdict de lecteur en tongs : ce n’est ni techno-béat, ni alarmiste. C’est un mode d’emploi honnête pour éviter deux écueils que je vois tous les jours : la sous-utilisation (vous passez à côté de gains évidents) et la sur-confiance (vous laissez l’IA accélérer vos erreurs). Si vous voulez un cadre concret et actionnable, lisez-le. Si vous voulez aussi vous rassurer sur le fait que « travailler avec l’IA » ne veut pas dire abandonner vos principes (notamment sur la vie privée et la vérifiabilité des sources), lisez-le deux fois.

Et vous alors, vos vacances ? Vous testez des workflows IA depuis le hamac, ou vous avez déclaré une trêve numérique jusqu’à la rentrée ? Dites-moi ce que vous explorez, ce que vous avez cartographié sur votre propre frontière dentelée — je suis curieux de voir comment vous « invitez l’IA à la table » dans vos métiers.

Sur ce, je vous laisse, j’ai ma Pina Colada qui se réchauffe !